Andrzej Stasiuk

Andrzej Stasiuk est né en 1960 à Varsovie. Dans sa jeunesse, militant pacifiste, il refuse de faire son service militaire. Il passe alors deux ans en prison, expérience qu’il racontera plus tard dans son livre Mury Hebronu (Les murs d’Hébron). Il a ensuite travaillé pour des journaux clandestins au temps de Solidarité. Il a quitté Varsovie en 1987 pour s’établir dans un petit village des montagnes de Beskides (extrême sud de la Pologne) où il habite encore. Depuis 1996, il dirige avec sa femme la maison d’édition Czarne spécialisée dans la littérature d’Europe centrale. Il s’est fait le chantre des confins européens les plus reculés qu’il oppose à la civilisation occidentale.

Il a obtenu de nombreux prix littéraires parmi lesquels le prestigieux prix de la Fondation culturelle de Pologne en 1994 et le prix de Koscielski en 1995.
Dans un style qui se situe entre fiction et reportage, il décrit la vie en Pologne au temps de la grande transformation. Il publie régulièrement dans les meilleurs journaux polonais et étrangers.

Ses oeuvres ont été publiées en français chez Bourgois, Noir sur Blanc et Actes Sud.

Dukla  (Bourgois, 2003)

Sous la lumière de l’aube naissante, le monde se pare de formes et devient visible. Cette réalité qui, selon les mots d’Andrzej Stasiuk, n’est qu’un caprice de la lumière, deviendra l’objet d’une enquête à laquelle se livre le narrateur dans ses voyages qui aboutissent invariablement à Dukla – petite ville aux confins de la Pologne – et dans ses déplacements dans le temps, vers son enfance.
Chaque visite à Dukla apporte de nouveaux éléments à sa quête. Ces éléments, atomes de la réalité, se réuniront pour former des événements et bâtir des paysages, qui à leur tour se figeront en une suite de tableaux. Le monde, tel que le décrit l’auteur, apparaît alors comme une succession d’images qui, captées par la rétine, se gravent sur la pellicule sensible de la mémoire. Ces images sont comme des plaques photographiques : on peut les superposer, mais l’image qui en résultera n’aura gagné ni en netteté, ni en profondeur de champs. Le monde pourra alors préserver sa séduisante opacité.

Mon Europe (Noir sur Blanc, 2004)

En l’an 2000, l’idée vient à Andrzej Stasiuk et Yuri Andrukhovych, deux écrivains reconnus, respectivement polonais et ukrainien, de cerner leur « place » dans l’Europe élargie en train de se construire. Chacun compose alors un texte très personnel et d’essence amplement autobiographique.
Imitant les cartographes d’antan, Stasiuk dessine au compas un espace aux confins de la Pologne, de l’Ukraine, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Hongrie, qu’il définit comme « son » Europe centrale et, au fil de considérations essentiellement géographiques, nous donne à saisir l’esprit du lieu. S’il explore les mêmes territoires, Andrukhovych, lui, emprunte d’autres itinéraires, en retraçant l’histoire de sa famille sur trois générations au gré des bouleversements tantôt tragiques, tantôt absurdes de l’histoire contemporaine. Ces deux essais à l’écriture singulière, qui donnent à entendre des voix d’une profonde originalité, permettent de mieux saisir l’identité et l’arrière-plan culturel d’une région en pleine mutation.

 Contes de Galicie (Bourgois, 2004)

Contes de GalicieDans les Contes de Galicie, Stasiuk raconte un lieu, un village du fin fond de la Pologne, au travers de la vie de ses habitants.
Ces nouvelles, comme autant de portraits, peuvent exister de manière autonome, mais les histoires des uns et des autres s’imbriquent, s’entrecroisent, se lient et tissent une toile des correspondances qui échafaudent progressivement une mémoire commune, celle du village.
Edek, Gacek, Maryśka, Józek…- des ivrognes, des convertis au capitalisme, un ouvrier agricole désoeuvré, un tombeur en survêtements, un policier mélancolique, une femme fatale déchue et un fantôme philosophe en sont les héros.
Stasiuk dépeint ici avec humour et fantaisie une campagne polonaise vivant difficilement la période de transition entre les deux régimes, ce temps hybride où l’ancien et le nouveau coexistent en un mélange curieux et bouleversant.

L’hiver (Noir sur Blanc, 2006)

Les héros de ces cinq nouvelles vivent dans leur pauvre village de Pologne orientale. Attachés à leur « ici et maintenant », ils supportent les imperfections avec une belle philosophie. Ces fragments de vie tissent le tableau nostalgique d’un monde où le présent s’écoule très lentement, et où les hommes semblent vivre aux frontières de l’éternité.
Un petit recueil qui séduit par sa grande force poétique et sa beauté formelle.
« Au village, tout finit par s’éteindre. L’obscurité des temps anciens descend lentement pour envelopper Edek, Kaczmarek, Hrynacz et les autres… Elle gomme les événements et fait disparaître les choses. Elle revigore les corps. Il en était ainsi au commencement du monde, et il en sera ainsi pour que nous ne mourions pas de surabondance. »

Sur la route de Babadag (Bourgois, 2007)

Sur la route de Babadag est un voyage à travers l’« Autre Europe » : en Pologne, Slovaquie, Slovénie, Albanie, Moldavie, Hongrie et Roumanie. Stasiuk parcourt cet espace par tous les moyens ; en train, en stop, en bateau, il cherche à saisir au plus près le rapport au monde des habitants de cette région. À la recherche d’indices, il scrute avec tendresse tout ce qui s’offre à son regard : paysages, lumière, animaux, odeurs, pièces de monnaie, photos… L’intensité de ses souvenirs et la chaleur de ses descriptions donnent au lecteur envie d’explorer à son tour cette Europe méconnue.

Le corbeau blanc (Noir sur Blanc, 2007)

Le corbeau blancÀ Varsovie, après l’effondrement du régime communiste, un groupe de jeunes paumés prennent conscience de l’inanité de leur vie. La réalité qui les entoure les dégoûte et l’avenir leur semble irrémédiablement bouché. Ils sont cinq, tous d’humeur inquiète, et ils ont atteint la trentaine sans avoir encore pris leur destin en main. Las de traîner dans des bars enfumés de la capitale, ils décident sur un coup de tête d’aller tenter l’aventure dans la région enneigée des Bieszczady, légendaire Far-East montagneux qui sépare la Pologne orientale de l’Ukraine. Ils tentent ainsi de donner un sens à leur vie, mais leur expédition se transforme en fuite éperdue.
Mêlant suspense et réflexion philosophique, Stasiuk transforme le récit de cette escapade à rebondissements inattendus en une quête métaphysique. On y découvre la beauté des paysages, les limites de l’amitié virile et l’ambiance des dernières années de la République populaire de Pologne.
Très filmique, ce roman se lit aussi comme un thriller palpitant doublé d’un roman de mœurs.

Fado (Bourgois, 2009)

Les textes brefs qui constituent ce recueil offrent autant d’instantanés d’une civilisation en train de disparaître, celle de l’Europe Centrale et Orientale qui s’occidentalise à toute vitesse. À travers une série de réflexions sur des auteurs yougoslaves,  des récits de voyage en Roumanie, en Slovaquie, en Ukraine et sur les routes de Pologne, Stasiuk célèbre la diversité ethnique et linguistique de ces territoires.
La nostalgie se transforme peu à peu en une célébration de la mémoire – personnelle et individuelle, bien éloignée des commémorations officielles. « Le passé et la mémoire sont ma patrie et ma maison » : qu’il s’agisse du passé du sud-est de l’Europe qu’il arpente inlassablement, ou des souvenirs de son enfance qu’il magnifie d’une manière digne de Bruno Schulz, Stasiuk donne une aura quasi métaphysique à la banalité apparente des choses.

Neuf (Bourgois, 2009)

Varsovie, dans les années 90. A six heures moins cinq, Paweł quitte son appartement saccagé par les hommes de main du parrain de la mafia locale. Il a trois jours pour régler la dette qu’il a contractée à leur égard. Incapable de réunir la somme d’argent, il erre à travers la ville, cherchant désespérement à échapper à son destin.
Ce palpitant roman noir nous plonge au coeur de la vie de cette grande métropole et de ses habitants. Stasiuk dépeint sans complaisance une Pologne en pleine mutation depuis de son ouverture au monde capitaliste.

Mon Allemagne (Bourgois, 2010)

« Ma situation n’était pas très différente de celle des Noirs solitaires dans ces petites gares oubliées. J’avais la peau blanche, mais l’âme noire. Si vous voulez connaître la vraie solitude, vous devez aller en Allemagne. Vous devez effectuer quinze fois le trajet en train de Francfort à Cologne et vous réveiller au milieu de la nuit à Hamm, au septième étage d’un hôtel aux comptoirs et aux rampes plaqués or. Et scruter l’obscurité au milieu de la nuit, discerner là-bas, au loin, les lumières de deux grands clochers qui se révéleront au petit matin des bâtiments industriels. Il faut avoir été à Krefeld et à Hagen, et aussi à Duisburg, pour que la gare de Stuttgart apporte enfin l’apaisement par l’évocation de la Gara de Nord [Bucarest]. »

Taksim (Actes Sud, 2011)

Stasiuk, chef de file de la nouvelle littérature polonaise, nous invite à l’accompagner dans les Carpates, le pays des loosers multiethniques.
Dans leur camionnette déglinguée, Władek et son ami sillonnent l’extrême-orient de l’Europe, région aux innombrables frontières, pour faire du business avec les fripes des pays occidentaux…
Avec une ironie cinglante, Stasiuk raconte leur périple dans les endroits les plus invraisemblables et les plus pauvres, ainsi que leurs ruses pour y écouler leurs stocks. Mais les choses se compliquent lorsque Władek tombe amoureux d’Eva, la belle caissière d’un parc d’attractions…
Dans ces villages et petites villes, où les rebuts de la société de consommation et les nouveaux produits chinois aux prix imbattables se disputent la faveur du chaland, la vie a changé trop rapidement, et elle n’est pas vraiment devenue meilleure.
Grâce à ce roman de Stasiuk, le désir de partir des habitants, leur xénophobie et leurs angoisses deviennent palpables.

Pourquoi je suis devenu écrivain (Actes Sud, 2013)

Pourquoi je suis devenu écrivainStasiuk, chef de file de la littérature polonaise, nous entraîne à l’époque de sa jeunesse révoltée : ambiance rock’n’roll garantie. Musique, littérature, alcool – la venue à l’écriture de l’auteur se fait en opposition à la déprime d’un quotidien socialiste. Il est entouré de personnages hauts en couleur, eux aussi sur le chemin de la rébellion. L’histoire est en marche, les événements se précipitent : service militaire, désertion, prison, état de siège, clandestinité… Écrite d’un seul souffle, cette confession iconoclaste se moque de tout, et d’abord de Stasiuk lui-même.

Cette fiche a été réalisée grâce aux sites des éditions Bourgois, Noir sur Blanc et Actes Sud.

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